-- Téléchargez Space cake / épisode 13 en PDF --


Ta sexualité et ta postsexualité ne m’intéressent plus. Tu t’en es arrangé plus que tu ne dis et si tes foirades restent nombreuses, elles n’ont manifesté qu’une seule peur véritable, celle de procréer. Tant qu’à être un héros dans son domaine autant l’être totalement, sans ambiguïté, sans discours tricheurs. Je préférerais de beaucoup entendre le récit d’un asexuel pur et dur ayant courageusement échappé aux tentations, n’ayant connu ni la pénétration ni les transferts séminaux. Seul un personnage romanesque de haute volée pourrait se prévaloir de n’avoir rien goûté, pas de danger qu’on en trouve la plus petite trace dans l’autofiction dominante. Tu as consommé à peu près comme les autres et tu n’as donc même pas ce relief-là. Ta peur de procréer est beaucoup plus instructive. Être père te posait un problème insoluble, mais de qui craignais-tu être le père ? Sûrement d’un enfant modèle, un peu fragile et affecté, se cachant dans le cocon familial pour concevoir l’extérieur comme une immense fiction où il pourrait articuler ses histoires. Peut-être le père d’un adolescent soudain porté par un mécanisme de défense outrancier, ultra violent pour le coup, vengeur avec motif hérité ? La vengeance est le secret qui se garde le mieux mais aussi qui se transmet le mieux. Le secret. C’est ce qui a échoué dans votre histoire à toi et à Sylvain : l’incommunicabilité totale de vos actes. Comment lui s’en est tiré ? Je l’ignore.
Le primate qui, au début du film, s’est mis à frapper le sol avec un fémur de tapir puis les tapirs avec ce même fémur, puis des congénères lui disputant un point d’eau, n’est pas devenu soudain plus habile mais simplement plus dépendant de son arme. L’une des propositions les plus manifestes du film n’est-elle pas celle consistant à nous dire que le progrès humain consiste précisément à se passer d’armes ? L’os massue se transforme en satellite de télécommunication et pas la moindre trace d’un arsenal dans aucun vaisseau, pas de pistolet accroché à la ceinture, encore un comble dans un film de SF. Seule l’intelligence peut alors redevenir arme, celle de HAL, ordinateur chaotique, nuisible faute de sentiments. Il suffira de le déconnecter d’un simple petit tour de clef pour voir apparaître, sur une image vidéo, un nouvel interlocuteur, une apparition télévisuelle dans un recoin du data center où Dave Bowman vient d’accomplir sa vengeance cybernétique, la toute nouvelle voix d’un chef expliquant les raisons secrètes d’une mission qui devait rester secrète. Dave et ses coéquipiers volaient à bord d’un vaisseau au profil de spermatozoïde pour accomplir une mission dont seule une voix humaine cachée dans un poste de télévision pouvait leur donner la teneur. On comprend que HAL en ait conçu quelque jalousie.
Et puis, on est d’abord jaloux d’une voix, celle de l’être aimé par exemple, détachée de son objet, de toi. Je ne peux pas imaginer que ta libido très spéciale t’ait aussi privé du savoureux sentiment de la jalousie. Souffrir secrètement, dignement, reste le plus doux délice de l’orgueil. Dis-moi si je me trompe mais tu as quand même été amoureux, non ? L’intérêt de tes râteaux à répétition, le seul intérêt à mes yeux, était d’engendrer à chaque fois une manière d’amour platonique, un amour idéalisé et parfaitement libre, donc un amour de soi.

 

à suivre…..

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