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Vivre

Ce projet en cours
Une prise de risque mortel
Connaissant des avaries
Des motels, des otaries
Un panari, des canaux, un canari..

Un froufrou  d’hirondelles crépusculaires virevoltant
devant la fenêtre de la cuisine

Une passée d’oiseaux réunissant les leurs, un défilé en piqué et contre-piqué, en frôlé

Une aiguille sous le doigt
De la onzième chimio
Entamée avant-hier,
qui dure 66 heures

Chasser ce goût métallique
Cette chimie buccale persistante

L’écume de bouche ainsi créée

La nausée de toute chose
Surtout de l’odeur d’ail
À ciel ouvert de son coin du 9-3
Un courant d’ail permanent

11 cycles

C’est la dernière chimio party !

Il n’a pas perdu de cheveux, n’a pas eu d’aphtes, ses doigts n’ont pas noirci par une nécrose des terminaisons, comme cela arrive parfois, il en plaisanta avec l’oncologue.

Bien sûr, il croustille un peu des extrémités, mais somme toute, ça va…

Fes

Nous y étions allés en Renault 4 de Paris, via Marrakech, suite à une petite annonce dans Libération. Il était très sympa, une base complice s’était créée au collège, qu’on retrouva durant ces quelques jours. Il avait un fennec, furtif et précieux animal qui traversait l’appartement entre deux de ses cachettes. Il se laissait câliner parfois, brièvement. On le comprend…

Je suis ce fennec

J’ai vu deux brins de muguets dans le jardin de la chapelle Saint-Paul samedi dernier. Jolie surprise, beau petit rien qui se donnait ainsi à voir. Qu’on me donnait !

Nous étions faits l’un pour les autres….

∞ ≈ ============{∞

Version astringente

“N’écris pas…”

Un jour, bien plus tôt, enfant jouant seul dans la maison de campagne allemande d’une de ses nourrices successives, il avait étouffé un frêle oisillon sans s’en rendre compte.

Attrapé au vif dans une cave, de la maison de campagne allemande, entre ses doigts. Sans le faire exprès. À peine avait-il relâché la tension du poignet, qu’il réalisait que la vie déjà l’avait quitté.

La fragilité de la vie. j’étais horrifié par cet acte involontaire.

Un jour, bien plus tard, à la mi-vingtaine, il mit un chat roux et blanc (qui avait fait je ne sais plus quelle soi-disant grosse bêtise, 💩 sur un lit pour la troisième fois, peut-être) dans le tambour d’une machine. En Cycle “séchage à basse température- textiles fragiles.”

Une minute. Ou deux ? Ça m’étonnerait. Allez savoir…

Punition. Il en ressortit étourdi, piteux, l’on s’en doute, ce le chat. De la peau déchirée sous les poils, visible sous une patte avant- gauche. Texture fragile.

J’étais mi-épouvanté par ma cruauté, avec des morceaux de contentement pour la leçon donnée.

Je le pris dans mes bras, le déposai dans sa panière, il se reposa. Il repartit de plus belle deux ou trois jours après.

Je me sentis souvent ( cala)miteux en y repensant. C

qu’on peut être con, voire cruel, quand on est furieux…
Et parfois méchant, enfant,
le plus souvent malgré soi

La s’arrêta, je crois, la pulsion destructrice de la volonté de contrôle opérant en moi comme en tout autre.

Un peu plus en lui ? Il ne sait pas

Bien sûr, je dois négliger quelques anecdotes de plus, quelques petites hontes de plus. Escamotables.

Au profit de la statue intérieure de soi en fer forgé. Celle que l’on préfère regarder pour mieux continuer.

J’ai vu deux brins de muguets dans le jardin de la chapelle Saint-Paul samedi dernier. Jolie surprise, beau petit rien qui se donnait ainsi à voir. Qu’on me donnait !

J’ai vu cinq amas métastasiques dans mon foie, insidieusement montés là, s’étant frayé un chemin depuis le côlon. A leur place, on ferait pareil.

Cinq tâches noires, vues en IRM, en octobre.
Elles étaient devenues invisibles au fil des cycles de chimiothérapie.

Indécelables lors du scanner à scintillement, pendant les grèves de décembre.

“Pourtant, les amas sont toujours bien là, on les voit !”

souligna Aveline, sa chirurgienne bien-aimée, qui les dessina pour lui sur une page en impression couleur d’un foie violet, décomposé en cinq sections schématiques. Il eut envie d’en faire une performance. Il la ferait. Déjà, il en fit un narratif mural.

Elle avait descendu ce document du sixième étage, celui du post- opératoire, vers le premier, celui où l’on vient à la journée..

Lors de son passage en ambulatoire à l’Hôpital, pour le cycle 10 de Chimio.

Ou le Cycle 9, suggéra Victor, l’oncologue. OOn ne savait plus trop, le onzième, en tout cas le dernier, je crois…

En tout cas, Aveline expliqua que, oui, il allait falloir déloger les cinq amas d’un foie.

L’ouvrir encore, du centre au thorax.

Vas te faire rouvrir le ventre. Et deux fois, en plus ! Pour atteindre et traiter les deux parties du foie.

Il allait falloir l’avoir encore, la foi, pour endurer cela. Ce manque de foie…

Parfois, à cette perspective, l’on manquait de foi

Tenter d’oublier tout de cela. Tenté de partir au bout de mon monde, de vivre dans un coin… En bordure, en marge

Puis de disparaitre en sautant d’une falaise dans l’eau fouettant la vie qui resterait.

L’illusion romantique du dernier voyage sans retour

J’aurais envoyé avant une dernière carte postale

Le caché faisant foi

Histoire qu’on ne l’ouvre pas deux fois encore… pour gagnerquoi ?

2 ou dix ou vingt ans de vie ?

OOn ne sait pas

Mais sans ces opérations, ces métastases opportunistes en tunique rouge monteraient rapidement vers poumons, rate. Ou membrane entourant toute cette zone. Quand on aime, on ne compte pas !

Elles n’auraient que l’embarras du choix. C’est plus fort qu’elles !  Quoi ? Fureter dans un corps-hôte…

Alors, c’est au choix…

≠≠==≈=====∞

Rue Vilin, Ménilmontant

Retour à la case départ

Georges Pérec grandit ici, une zone de terrains vagues, un bout de ville entre deux affectations. Il en fera un devoir mémoriel sur les traces de la boutique de couturière de sa mère, font il ne se souvenait plus.
” En remontant la rue Villin.”
Ce travail fut filmé ensuite par un cinéaste ami…

En mémoire de Georges Perec. Un homme qui adorait L’Infra-ordinaire ll en fera des chroniques.

50 ans plus tard, l’exploration de ‘Infra-ordinaire, était une tendance, de fond comme de forme : photographier une chaussette dans un champ gris du Nord entre deux épluchures, et c’est plié… En faire une série, bien sûr. Exposable.

Ou s’exposer…

Pour ma part, je jouais enfant dans les terrains vagues du treizième, vers Nationale, où l’ancien tissu urbain, rasé, était devenu friche des tours de logements ILM à venir. Qui poussèrent ensuite comme des champignons.

Il y avait les loubards du 15/9 château des Rentiers, quelques redoutables pédophiles à éviter, mais on était assez peinards, la routine, quoi…

15 ans plus tard, sur l’une des dalles inter-tours où l’on se réunissait sans fin les soirs de printemps- été, avait poussé un autre champignon, humain, celui-là : le jeune et futur Doc Gynéco,

Mutatis mutandis
La ville change
Moi pas

N’écris pas…
Cette chanson venue d’un poème de Marceline Desbordes-Valmore, qu’il adore.

Ce texte est fait d’une joie paradoxale : celle de l’accomplissement arrivant par

ce qui ne fut pas tout à fait 

Car je me souviens de plus que ce que j’ai vu

Car j’ai vu plus que ce dont je me souviens

Synthèse :

Pour la période du

” 23 octobre 1964 au premier janvier 2040

Vous déclarez :

Être toujours
à la recherche
d’un Moi

Être entré en récession huit fois

Être revenu 3, 4 fois

Sortir des dissensions

Être aussi serein qu’un pinson

Être aussi poison qu’une prise de sang quotidienne a 5:45

Être aussi larve de fond de lit post-bloc que tonus sur un vélo d’idéal retrouvé

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