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Début 2018, je répondais à un appel à projet visant à réaliser une installation artistique le long de la ligne de chemin de fer de Nice à Digne. Projet qui me fit immédiatement me questionner sur la pertinence d’une intervention artistique dans un cheminement aux paysages sublimes, où l’œuvre aurait toutes les chances d’être insignifiante, voir encombrante.
Ma réponse est donc une forme de contre-pied ; intervenir là où il n’y a rien plutôt que là où il y a quelque chose et intervenir sur l’extérieur à partir du train lui-même plutôt que sur le parcours.
Ma proposition consistait en une projection vidéo effectuée depuis les Trains, sur les parois des nombreux tunnels traversés par la ligne.
Techniquement, la chose est tout à fait envisageable. D’une part, quelle que soit la couleur des parois des tunnels, même noire, la projection y est possible. D’autre part, la vitesse de déplacement permettrait que la surface de projection s’uniformise.
La question essentielle était alors celle de la nature de l’image projetée qui ne devait ni être gratuite, ni être d’une fragilité poétique.
Aimant les antagonismes, mon premier désir était de me situer dans une forme “d’anachronisme” géographique. Le deuxième réflexe était de prendre en compte la nature forcément fantomatique de l’image projetée. En découla, assez logiquement, le désir de l’image fantomatique d’un autre train, roulant parallèlement au nôtre dans une forme de course-poursuite et dans des paysages désertiques, bien éloignés de ceux traversés par la ligne. Les convois de trains en Mauritanie pouvaient en être une bonne illustration.
La découverte de l’œuvre devait avoir lieu comme une surprise. Les passagers pouvant pleinement en prendre conscience et l’observer, ou n’en avoir qu’une vision fugace, voir subliminale. Sa dimension fantomatique s’exacerbant alors comme une ombre poétique dans la pensée des voyageurs.

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