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De la modification d’un gène et que le lait se mette à couler, nourrir l’autre, s’observer par la succion, s’aimer par le cru, plus de carences, plus d’effet secondaire, plus de démons ni de cris de bébés, être absolument en pleine satiété, un cancer opposé à la nécrose, qui augmente une direction au lieu d’un sacrifice. Que cette médecine alimentaire soit donnée à tous dès la naissance, dans la centaine de goûts différents et prolixe, qu’un bras léché à droite ait le gout de menthe et celui à gauche de tarte à la cannelle. Que le corps ainsi posé, allongé, étiré de tous ses membres soit un repas de fête, un manifeste anti cannibales, protégé par une loi séminale qui prône la procréation par le gout.

Que ce gène-là modifié, réclamé par les trans et les organismes humanitaires soit une mesure gouvernementale prioritaire, à régler urgemment dans un labo aérien pourfendant les cieux à la vitesse du désir d’en finir avec la faim dans le monde.

Que ce gène-là modifié par une loi des sages, empêchant toute industrialisation ni main mise par les multinationales alimentaires et  pharmaceutiques prenne le qualificatif de SUPER-GENE et que cette dénomination, par le mot, par la loi du mot, donne naissance à une nouvelle classe , « les gènes abondants » et que cette loi, de façon récursive par taxinomie se propage à la classe supérieure, au gènes préhistoriques et à toute la classification des espèces d’ADN et que toutes les espèces de multinationales aillent ainsi se faire enculer.

Ainsi et par miracle, l’homme arrive à coexister avec l’animal et le végétal et que son corps soit une sorte d’amen, un lieu saint, prophylactique.

Que ce lait humain devienne une crème, un onguent, une huile blanche, un beurre épais dont les molécules passent l’osmose avec facilité, de corps à corps, main dans la main.

A ne pas s’y tromper, l’humain devient ainsi une tautologie, qui se nourrit des autres et de lui-même, que son plaisir se déplace, ou se place autrement et que depuis l’origine du sein et le délice associé se forge un plaisir susurré, long et récurrent au centuple de la capacité actuelle.

Que cette modification de quelques lettres dans le code redistribue la notion même de « société » en une longue cohorte de nouveaux qualificatifs, de verbes et d’adjectifs qui n’appartiennent plus à ce langage car, par exemple, « boire » signifiera « jouir en douceur pendant un temps proportionnel à la dose de tété » et « lever les yeux au ciel », « communiquer en diapason avec un réseau étoilé de baisers ».

Que cette modification perpendiculaire à la voix, hurle, grogne, piaille, jase s’applique à formater une forme distopique d’echelle relationnelle, une toile cohore d’évènements, un nid d’amour tricoté par le noyau magnétique de la terre.


De la modification d’un gène et que le temps s’exprime en nous par une trace sur notre corps, qu’il apparaisse dans un bol de soupe primordiale, entretenue et colonisé par une bactérie maniaque qui se rassemble en bâtonnets à chaque heure du temps humain, à chaque siècle de son temps biologique, aimanté par une folle mutation, une danse onirique à sa propre race, pour nous offrir un décompte, celui à rebours du temps à venir.

Que ces ainsi horloges biologiques et externes, sur notre table de chevet, à l’heure du sommeil, rencontrent nos horloges internes, qu’elles se synchronisent avant le rêve et se donnent l’alerte à notre réveil.

Que l’ainsi temps devienne sensible à la lumière et au vent, qu’il accueille chaque seconde par l’humus des arbres rythmant la forêt, chaque fréquence d’abeille bourdonnante, chaque loup qui hurle à la pleine lune et que ces minutes égrenées en pépins tracent le cercle d’une horloge circadienne universelle.

L’ainsi temps s’invite, dans chaque organe qui pulse et s’avale, fluorescent. Depuis l’air, il remplit les corps, les fait gonfler puis les rends plats. Le maintenant s’ouvre par la main, dans le triangle auriculaire X annulaire. Célérité et proportion, battement de cils, frôlons amicaux, danse du ventre, câbles marins à la limite de leur tension :  sans temps tout se mélange, avec CE TEMPS, tout synchronise.

Comment imaginer alors un temps qui ne soit plus ordonné par la loi mais inscrit dans une cardinalité biologique ? quel laboratoire et quelle posologie, quel équilibre et quel hasard, quelles équations ?

Comment fusionner le métal et la peau, la prosopopée du neurone miroir en un listing de dialogues sans fin, de l’origine à l’origine suivante.

Agir sur le chiasma optique, le masser à période régulière, créer ainsi un pattern qui apparait au fond de d’œil, une forme ronde et scintillante, une presque fleur en noir ou blanc.

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