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Manifeste ZERO-UN / L.A.N (Land Art Numérique) par David Guez

Présentation lors des rencontres “DEGRE 48” à l’initiative de D.Foucard aux labos d’Aubervilliers – 2013

Le texte suivant a pour ambition de prolonger un travail artistique que je développe depuis plusieurs années autour des notions de temps et de mémoire et qui s’axe plus précisément sur les problématiques liées à la fragilité des nouveaux médias et ses supports, leurs obsolescences programmées et leurs responsabilités dans l’entropie de notre mémoire collective et dans nos histoires individuelles.

L’ambition de ce manifeste est d’ouvrir des pistes stratégiques de conservation de ces données, notamment les données artistiques ainsi que toutes les œuvres peu ou pas reproductibles en cas de disparition.

L’ambition de ce manifeste est d’établir des interfaces artistiques et intellectuelles permettant de relier de façon pérenne les éléments numériques aux éléments physiques.

L’objectif est d’incarner plastiquement le monde binaire dans le monde réel afin de créer des passages marquants et salvateurs entre les deux.

Nous nous attacherons donc à montrer que le Land Art, parce qu’il est le médium ultime reliant le monde terrestre et ses concepts (forme, espace, temps, inscription, trace…) peut devenir ce candidat magistral aux problématiques visées.

Il n’est cependant pas le seul et nous ferons appel à toutes les autres pratiques que l’art peut nous offrir, quelque soit le médium utilisé : nous pourrons aussi et ainsi élargir l’inscription via le Land Art à des processus qui incluent les masses visibles et invisibles, les foules et les cerveaux connectés et d’une façon plus générale, toutes formes en réseau qui nous lient et nous relient au monde terrestre. Nous resterons cependant fixé sur des dispositifs qui créent de façon évidente des passages entre le monde digital et le monde analogique ou biologique et plus généralement tout forme organisée inscriptible dans l’espace du réel.

L’association des termes Land Art et Numérique s’est ainsi présentée à notre regard comme le meilleur résumé de notre démarche, sachant que notre propos n’est pas tant de figurer le Land Art dans le virtuel mais plutôt, à l’inverse, d’inventer des méthodes d’inscription et de vitrification du virtuel dans le réel. Ces termes réunis permettent ainsi de fixer une image associant ces deux mondes en offrant le double sens de leurs 3 initiales « L.A.N » qui signifie « Réseau », qu’il faudra prendre dans sa définition au sens large : Espace conteneur d’éléments reliés entre eux.

MANIFESTE

L’apparition de l’ordinateur et du code binaire a projeté la civilisation dans une course à l’aplatissement du réel.

On entend par aplatissement du réel un acte de digitalisation volontaire et involontaire, massif et local.

On entend par digitalisation un acte de transformation de l’information (déposée depuis la nuit des temps sur divers supports de données : la pierre, le livre, la peau, les plantes, la corde…) en un code universel compris, codé et décodé par la Machine Universelle (M.U) et stocké par cette même M.U : le code binaire : des zéros et des uns – LES ZEROUNS – alignés dans les calculateurs et les registres de la M.U qui transforment le MONDE RÉEL en MONDE ZEROUN.

On entend par information tout message organisé par l’homme, l’animal ou la nature qui se transmet dans le temps à un autre homme, animal ou à la nature, toute pulsation ayant un sens ou structurant un sens : le contraire du bruit et du chaos. On englobera ainsi et aussi l’hypothèse sub-atomique et quantique qui postule que l’information est la composante même de l’organisation des structures physiques existantes, et donc, du monde réel.

Ainsi, l’apparition de la M.U dans les années 1940 a déclenché la plus grande entreprise de mise à plat du monde réel et sa première mission corollaire de comptage et d’indexation de ce même monde.

Ce phagocytage du réel s’est accompagné de facto par son inscription et sa concentration sur ces nouveaux supports électroniques et magnétiques, qui, au fil des années, et de façon exponentielle depuis l’avènement du micro ordinateur et du WWW en 1990, ont permis de stocker massivement la totalité de l’histoire.

Mais cette préhistoire de la digitalisation est aujourd’hui terminée et laisse place à une digitalisation en temps réel de l’information, une digitalisation du temps réel et une digitalisation du réel. Une nouvelle étape débute : l’information est créée avec le numérique, transportée par le numérique et stockée dans le numérique.

Et même s’il est encore possible en 2013 de trouver des exemples de médias déclinés en dehors ou en complément du digital tel que le livre, l’évidence technologique, économique, politique, puis sociologique ne fait et ne fera de ces exemples que des exceptions.

Le couple M.U / WWW est parvenu à un tel niveau d’infiltration du réel et de son organisation qu’il génère de l’information intra M.U, qui se nourrit et s’entretient d’elle même, créant une inflation informationnelle sans commune mesure dans l’histoire de l’humanité et dans celle, individuelle, des hommes.

De plus, cette perte du réel s’est accentuée avec la digitalisation du réel lui même : des scanners 3D et des outils de cartographie reconfigurent le présent « en train de se faire » en statues de poussières d’une finesse telle qu’elles invitent à la projection d’illusions concrètes et parfaites : un réel augmenté ou RÉEL++.
Mais LA ZEROUNISATION ne s’arrête pas là : l”ultime avatar de la M.U se présente en La M.U ++, un appendice technologique et mécanique de la M.U, un robot ou une imprimante 3D qui fabrique du RÉEL à partir des ZEROUNS.

Ainsi, le monde réel s’engouffre dans la M.U sans question particulière pour fabriquer du RÉEL++.

On pourrait toujours objecter que cette réification MU++ du RÉEL en un avatar ZEROUN composé de sable concassé ou de fibre de plastique permet de prolonger le RÉEL mais nous objecterons que le résultat est un média de basse qualité, pauvre en toute chose, une sorte de poche vide : un RÉEL —

On pourrait aussi objecter que le RÉEL est une illusion que le ZEROUN arrivera parfaitement à imiter et qu’imiter parfaitement une illusion revient à en créer une nouvelle instanciation, augmentée des avantages du couple M.U/ZEROUN : UN MONDE ++.

L’objectif de ce manifeste n’est pas de lutter contre la M.U, le RÉEL++ et le MONDE ++ mais d’en montrer les dangers et les aléas.

L’objectif est donc de remettre en jeu du lien entre la M.U et le RÉEL au cas où la M.U viendrait à boguer ou se brûler aux radiations des orages magnétiques car le RÉEL++/MONDE ++ étant une composante de la M.U, il ne nous sera d’aucun secours en cas de disparition.

Ainsi, d’une façon simple et évidente : Nous appartenons au MONDE RÉEL, nous pensons et naviguons dans et avec le MONDE RÉEL et nous sommes fabriqués de la même éventuelle illusion que le MONDE RÉEL.

Le L.A.N peut sauver, peut sauver le monde REEL.

On entend par L.A.N toutes les créations, toutes les organisations, toutes les procédures qui permettent de fixer et de vitrifier l’information, toutes les entreprises artistiques, scientifiques,conceptuelles, toutes les œuvres de l’esprit qui s’attellent a organiser le monde réel en vue d’un stockage pérenne du monde ZEROUN et de sa restitution en cas de disparition.

L.A.N prend fixation sur le territoire, la terre, le monde et l’univers car L.A.N doit s’établir et s’ancrer dans le réel, par le réel, via le réel.

 



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