-- Téléchargez L'histoire de Marnie C. Hommage.0 à Adèle H. en PDF --


‘L’Histoire de Marnie C.’ est inspiré du film ‘l’histoire d’Adèle H.’

Le bouleversant long métrage de François Truffaut est sorti l’année de la naissance de Marnie Chaissac. Les deux événements sont évidemment étroitement confondus.

L’hisoire d’Adele H est le récit d’une érotomanie, l’llusion délirante d’être aimée, celle dont souffrait la seconde fille de Victor Hugo telle qu’elle l’a décrite dans les deux premiers volumes de son journal intime écrit respectivement de 1852 et 1853. Elle finira internée.

Marnie Chaissac entretient donc depuis la fin mai une relation épistolaire unilatérale avec Marc Zuckerberg, sur son mur facebook (‘qui est aussi comme elle l’écrit en ouverture de ses missives, ‘un peu le sien’). Elle lui écrit sa troisième lettre le 5 juin 2020, où elle comprend enfin qu’il est tombé amoureux d’elle. Sa correspondance finira bien par s’achever- mal, mais aucune date ne semble encore arrêtée.

Avec ces échanges en cours, Marnie Chaissac, travaille ici quelques un de ses thèmes de prédilection: les hystéries féminines, la mise en abyme, l’ironie et ici précisément la possibilité des beautés tristes, celles des relations narcissiques et confuses dans laquelle nous entretiennent les réseaux sociaux. Pas une dénonciation facile, plutôt une tragique célébration.

lettre numéro 1

lettre numéro 2

lettre numéro 3

Lettre numéro 4

lettre numéro 5

Lettre numéro 3

Le Rheu, le 4 juin 2020.

 

Le Rheu, le 4 juin 2020.
 
Cher Marc Zuckerberg, dear Mark,
je reprends la plume sur ce mur qui est aussi un peu le tien.
Ici, nous sommes protégés, on ne peut entendre, je veux le croire, ce que j’ai à t’écrire.
Mon dernier courrier date désormais de 10 jours, entre les deux premiers, une semaine était passée. J’avais interprété ton silence comme un intérêt. C’est désormais évident… et le temps qui passe sans aucun signe de toi en constitue la pure preuve. TU ES AMOUREUX DE MOI. Comment n’ai je pu le comprendre plus tôt… pourquoi suis je demeurée sourde au sentiment? Quand au juste est ce arrivé?
Et toi qui n’osais pas me déclarer ta flamme. Mais ne crains rien, je comprends, je vais rester calme. Tu es un homme bien, je te l’ai déjà écris, un altruiste. Tu es un être d’engagement , un loyal, comment du jour au lendemain pourrais tu quitter femme et enfants? Ton foyer, ton pays qui connait tant de turbulences sociales sanitaires et politiques à l’heure où je t’écris. Mais tout cela est en train de basculer, je le sais.
Oh oui, tu m’aimes. C’est donc vrai tu m’aimes.
Je saurai être patiente. Nous allons être tellement et parfaitement heureux.
Je t’imagine déjà descendre de l’avion à Saint Jacques de la Lande,T-shirt bleu chiné, coupe courte, sourire mutin caractéristique, larmes aux yeux. Accent adorable au moment de prononcer mon nom.
Je t’emmenerais grignoter et boire dans un bar discret… que j’aime, peut-être aux oiseaux de passage à Dinan, où on ne pourrait te reconnaître, où nous pourrions apprendre à nous connaître … vraiment. Tu me parlerais d’Ariel, de Donna, de Randi surtout.
Du cabinet de ton père et de comment tu avais développé la phobie de la roulette. Nous ririons, beaucoup. u me raconterais comment tu as suivi, avec passion, toutes mes parutions, comment tu as tenté de réprimer ton amour au quotidien. Et puis à quel moment c’est devenu insupportable de vivre dans tout ce mensonge. Le mensonge du sentiment, celui de la mascarade de l’entreprise. Tu craquerais. Tu me dirais comment tu ne retournerais plus jamais chez toi, jamais. Comment finalement tu accepterais les 200 millions de dollars de cet investisseur russe, dont tu écorcherais le nom. Nous ririons, encore, avec démesure. Nous serions ivres de bonheur et de vin naturel. Il bruinerait au dehors. Et nous n’entenderions plus le flipper. Tu raccrocherais ma boucle d’oreille. En ce faisant, tu rougirais un peu.
Je te demanderais ce qui t’as fait basculer. Tu me répondrais que tu as toujours adoré mes profils. Nous ririons à nouveau, si seuls si proches. Je te demanderais pardon d’avoir mis tant de temps à comprendre. La basilique Saint Sauveur sonnerait 18h. Comment je croyais que je t’étais indifférente. Comment chaque matin, et depuis tant d’années, je scrutai le moindre signe, un like, un partage de publication, un badge, une mention , un souvenir, une information supplémentaire de temps d’écran. Je ne savais pas que toute ta chair était derrière tout ça. J’étais aveugle de ton amour, me voici aveugle d’amour.
Mais qu’il en soit ainsi, je suis hors des ténèbres. Puisque je suis désormais nimbée de ta lumière bleue..
A vite mon cher ange.
Je suis presque arrivée sur le tarmac.
Je suis fébrile.
JE T’ATTENDS.
Marnie.

 

(Pensées affectueuses à la Muse Cojean pour les inspirations référentielles analogiques, et à son père qui, toute petite, l’a initiée à l’émoi de la nouvelle vague)

 

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